Entretien post-natal précoce : quels objectifs ?

L’entretien post-natal précoce (EPNP) e a été rendu obligatoire depuis le 1er juillet 2022. Quel sont ses buts ? Quand et comment se déroule-t-il ? Explications d’Anne Chantry, sage-femme.

Entretien post-natal précoce : quels objectifs ?

L’entretien post-natal précoce entre dans le cadre du programme "Les 1000 premiers jours" lancé par l’UNICEF et décliné par le Gouvernement français. "L’entretien post-natal précoce est le miroir de l’entretien pré-natal fait au 4ème mois de grossesse", indique Anne Chantry. Il a été instauré avec trois objectifs principaux.

Le premier est de dépister les troubles psychologiques et psychiatriques (dépression) du post-partum. "Des données récentes ont montré que 16,7% des femmes en France souffraient de dépression du post-partum et que le suicide maternel était la première cause de décès maternel dans l’année qui suit l’accouchement", informe la sage-femme. Cet entretien répond donc à un réel besoin de santé Publique.

Entretien post-natal précoce : un moment d’échange et de dialogue

Le deuxième objectif de l’entretien post-natal précoce est de créer un moment d’échange avec des spécialistes du post-partum afin d’évaluer le bien-être mental, environnemental et social des femmes. "Les femmes se retrouvent souvent seules après l’accouchement – elles ne revoient la sage-femme ou le gynécologue que 8 semaines après l’accouchement- alors qu’elles ont été très suivies pendant la grossesse, accompagnées lors des premiers jours à à la maternité..., explique Anne Chantry. Cet entretien représente aussi l’occasion de revenir sur le vécu de l’accouchement, le vécu des premiers jours, de ré-évaluer les addictions et les risques éventuels de reprise de celles-ci…", indique-t-elle.

"Le 3ème objectif de cet EPNP est également d’évaluer la santé et le développement du bébé, les interactions entre les parents et l’enfant, l’adaptation du bébé au rythme veille-sommeil et l’adaptation des parents aux pleurs du bébé, notamment dans un objectif de prévention du bébé secoué…", précise la spécialiste.

Ce moment de dialogue est aussi l’occasion de faire un dépistage des violences intra-conjugales et/ou intra-familiales. "La grossesse et les premiers mois avec un bébé peuvent être des déclencheurs de violence", explique Anne Chantry.

Entretien post-natal : les modalités

L’entretien post-natal est obligatoire entre 4 et 8 semaines après l’accouchement. Le Collège National des sages-femmes (CNSF) préconise que cet entretien soit réalisé dès la 4ème semaine post-accouchement afin de pouvoir proposer, le plus précocement possible, un soutien aux femmes. Cependant, pour l’instant, cet EPNP reste sur une base de volontariat des professionnels de santé et des femmes. Il est pris en charge à 100% par l’Assurance Maladie.

"Idéalement, il devrait durer au moins 30mn voire 1h et être conduit par la sage-femme, le médecin gynécologue-obstétricien ou le médecin traitant qui a suivi la grossesse pour une meilleure continuité des soins", indique Anne Chantry. "Si les professionnels dépistent des signes de troubles psychologiques ou pédiatriques ils orientent alors la femme vers un spécialiste. Lorsque des facteurs de risque psychologiques sont identifiés, ils peuvent revoir la femme 10 à 14 semaines après l’accouchement", détaille-t-elle. "L’entretien post-natal précoce est un outil privilégié. Il reste maintenant aux femmes et aux professionnels de santé de s’en saisir", conclut Anne Chantry.